La recherche peut être salissante

Mis en avant

6StudentsVolunteersDes chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick et d’autres organismes procèdent à la nécropsie d’une baleine près de Liverpool en Nouvelle-Écosse.

Parfois la recherche scientifique peut être un peu salissante. À tout le moins lorsque vous faites l’autopsie animale, appelée nécropsie, du plus grand mammifère de la planète.

C’est ce qu’ont constaté Mary Sollows, technicienne en conservation en zoologie au Musée du Nouveau-Brunswick, et Madelaine Empey, une étudiante assistante en zoologie, lorsqu’elles ont rejoint une équipe de chercheurs de la Marine Animal Rescue Society (MARS), de l’Université Dalhousie, du Collège vétérinaire de l’Atlantique et du ministère des Pêches et des Océans, en vue d’étudier un jeune rorqual bleu femelle qui avait été trouvé flottant, mort, dans l’océan près de Liverpool, en Nouvelle-Écosse.

Le rorqual bleu, qui peut mesurer jusqu’à 34 mètres et peser jusqu’à 150 tonnes, est une espèce en voie de disparition. Il ne reste que 600 à 1500 rorquals bleus dans l’Atlantique Nord.

Menacés par la pollution, le changement climatique, l’appauvrissement des ressources alimentaires et les heurts avec les navires, les rorquals bleus ont peu de chances de survivre. C’est pourquoi il était si important pour les chercheurs d’examiner le corps du rorqual bleu afin de déterminer la cause de sa mort et de prélever des échantillons dont ceux destinés à la collection de recherche sur les mammifères marins du Musée du Nouveau-Brunswick, une des plus considérables du Canada.

7Carcass2ndDayLa carcasse du rorqual bleu au deuxième jour de la nécropsie.

Dans le vif du sujet

Le corps du rorqual bleu avait été halé sur le rivage quand la nécropsie a commencé. Si vous vous imaginez que les autopsies ressemblent à ce qu’on voit dans la série télévisée CSI, détrompez-vous, c’est le jour et la nuit.

Pour disséquer un animal aussi énorme il faut une excavatrice, des camions à benne basculante et des câbles industriels. Et pour commencer, il faut d’abord « dépecer » le rorqual, un procédé qui consiste à peler le petit lard à l’aide de câbles à haute résistance à la traction. Pensez à l’épluchage d’une banane. (Nous sommes désolés de vous imposer cette image!)

Mention de source : Marine Animal Response Society – La société responsable du sauvetage d’animaux marins

On a trouvé un gros caillot de sang dans les vertèbres thoraciques, un indice possible de la cause de la mort. Une théorie est que le rorqual a été piégé sous la glace et s’était noyé. Néanmoins, il faudra peut-être des mois avant de pouvoir se prononcer et, vu l’état de décomposition avancée, on n’aura peut-être jamais de réponse définitive.

Mary Sollows, du Musée du Nouveau-Brunswick, était littéralement, en plein dedans. Son mari, Ken Sollows, l’avait rejointe (apparemment extrêmement solidaire). Les deux se sont concentrés sur la récupération des plateaux de fanons qui se trouvent dans la bouche de toutes les baleines qui n’ont pas de dents. Les fanons sont faits de kératine (le même matériau dont sont faits les cheveux et les ongles humains) et les rorquals bleus ont des centaines de plateaux dans la mâchoire supérieure agissant comme une sorte de filtre, séparant la nourriture de l’eau.

Pendant ce temps, Madelaine aidait à enlever le tissu fibreux et dur qui entoure les os de la colonne vertébrale qui se prolonge jusque dans la queue. Elle a ensuite travaillé avec d’autres personnes pour séparer les différents éléments de la colonne vertébrale.

91Maddie BaleenMadelaine Empey, du Musée du Nouveau-Brunswick, recueillant des échantillons de fanons.

Recherche vitale

C’était un travail difficile, salissant et nauséabond, mais Mary et Madelaine ont prélevé d’importants échantillons de petit lard, de muscle, de fanons et d’os. Bien que le Musée du Nouveau-Brunswick possède une vaste collection de matériaux de baleine, ce sont ses premiers échantillons provenant d’un rorqual bleu.

93MaryTissueSamplesMary Sollows, tenant des Cryovials de tissus congelés de rorqual bleu, pose devant la collection de tissus congelés du Musée du Nouveau-Brunswick. Ce congélateur spécial peut contenir jusqu’à 300 000 échantillons à -80o C.

Ces genres d’échantillons sont vitaux pour la recherche. Les échantillons de fanons d’autres baleines ont, par exemple, servi à étudier le vieillissement, la quantité de polluants, l’écologie alimentaire, les déplacements et plus encore.

De retour au Centre des collections et de la recherche du Musée du Nouveau-Brunswick, Madelaine et Mary ont consacré une journée à nettoyer et préparer les échantillons réunis pour la collection de recherche. Pendant qu’ils sèchent à l’air libre, on vérifiera la présence de moisissure et d’insectes sur les fanons et, une fois secs, ils subiront un cycle de gel/dégel/regel pour s’assurer que tous les insectes nuisibles sont morts.

Les échantillons de petit lard et de muscle de rorqual bleu sont une denrée rare pour les chercheurs. C’est pourquoi les échantillons recueillis seront archivés dans la collection de tissus congelés du Musée à des fins des recherches futures.

La perte d’un jeune rorqual bleu, espèce en voie de disparition, fend le cœur, mais, les chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick et d’autres organismes ont saisi cette occasion d’en apprendre davantage sur la vie de cette créature admirable pour aider les scientifiques à mieux comprendre et protéger cette espèce.

Cela fait partie de la recherche permanente du Musée dans notre environnement naturel.

D’après les informations fournies par Madelaine Empey, Mary Sollows et Dr Donald McAlpine 

Lire le rapport de recherche https://museedunouveaubrunswick.wordpress.com/2017/06/22/le-musee-du-nouveau-brunswick-participe-a-la-necropsie-dun-rorqual-bleu

Le Musée du Nouveau-Brunswick participe à la nécropsie d’un rorqual bleu

Le rorqual bleu, Balaenoptera musculus, est le plus grand mammifère sur Terre, mesurant jusqu’à 34 mètres et pouvant peser jusqu’à 150 tonnes. Il reste de 600 à 1500 rorquals bleus dans l’Atlantique Nord. La pollution, le changement climatique, le manque de nourriture et les heurts avec les bateaux sont les principales menaces pour cette espèce en voie de disparition.

Un de ces rorquals bleus a été trouvé mort le 2 mai, flottant au large des côtes de Liverpool en Nouvelle-Écosse. Il semble qu’il s’agisse du même rorqual qui avait été vu mort, en mars, au large des côtes de Terre-Neuve. Bien que les baleines mortes soient une source importante d’informations biologiques, lorsqu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition, déterminer la cause du décès devient souvent une priorité. Ce cas ne fait pas exception à la règle. Afin de faciliter la nécropsie (autopsie d’un animal mort) et de prélever des échantillons qui serviront plus tard à des recherches, la jeune baleine femelle de 18 mètres a été remorquée jusqu’à une plage qui facilitait l’accès à l’animal pour les chercheurs.

La nécropsie, dirigée par Andrew Reid de la Marine Animal Rescue Society (MARS) et deux docteurs vétérinaires, Pierre-Yves Daoust du Collège vétérinaire de l’Atlantique (AVC) et Chris Harvey-Clark de l’Université Dalhousie, a regroupé divers collaborateurs, dont des représentants du Musée du Nouveau-Brunswick (MNB). Le 11 mai, Mary Sollows, technicienne à la conservation en zoologie au MNB et Madelaine Empey, étudiante adjointe en zoologie, se sont rendues à Liverpool pour se joindre à l’équipe de nécropsie. Contre vents et marées, elles ont rejoint des étudiants vétérinaires de l’AVC, des étudiants en biologie marine de l’Université Dalhousie, des associés de la MARS et de l’Oceanographic Environmental Research Society (OERS) et des employés du ministère des Pêches et des Océans (MPO). Leur but était de déterminer la cause de la mort de la baleine et, pour Mary et Madelaine, de prélever des échantillons pour les ajouter à la collection de recherche sur les mammifères marins du MNB, une des plus considérables du Canada.

1Wimmer DaoustTonya Wimmer (2e de la gauche) de la Marine Animal Rescue Society discute de la nécropsie avec le Dr Pierre-Yves Daoust (3e de la gauche) du Collège vétérinaire de l’Atlantique.

2DaoustHarveyClarkReidLe Dr Pierre-Yves Daoust, Andrew Reid et le Dr Chris Harvey-Clark inspectent le rorqual bleu avant la nécropsie.

Mener à bien une nécropsie sur un animal pesant plusieurs tonnes exige la participation de beaucoup de personnes et le recours à de l’équipement lourd dont une excavatrice, des camions à benne basculante et des câbles industriels. C’est aussi un processus coûteux qui a été financé, dans le cas présent, par le ministère fédéral des Pêches et des Océans, de qui relève la responsabilité légale de la gestion des mammifères marins dans les eaux canadiennes. Le premier jour de la nécropsie, le rorqual était étendu sur son flanc droit, la tête vers l’eau et la queue vers le rivage. Généralement, les grosses baleines sont dépecées (c’est le terme utilisé pour la découpe d’une baleine) pratiquement de la même façon que l’on pèle une banane. Des entailles sont faites dans le sens de la longueur, de la tête à la queue, on creuse un trou dans le petit lard pour passer une sangle ou un câble qui est attaché à l’excavatrice et le petit lard est pelé par sections sous la tension du câble. Le travail, qui est salissant et nauséabond, exige deux qualités : une forte dose de curiosité dans le domaine de la zoologie et un faible odorat! Deux sortes de tâches attendaient ceux qui n’étaient pas directement impliqués dans la détermination de la cause de la mort : découper les muscles et tendons du squelette du rorqual et accrocher les tissus enlevés pour les placer dans la pelle rétrocaveuse de l’excavatrice pour s’en débarrasser. À intervalles réguliers, l’excavatrice déposait les tissus dans un camion à ordures pour qu’ils soient transportés jusqu’à une installation de compost de Truro, en Nouvelle-Écosse.

3Ventral viewVue inférieure du rorqual bleu, tête vers l’eau et queue devant l’excavatrice.

4BackhoeMuscleSinewMuscles et tendons du rorqual bleu déposés dans la pelle rétrocaveuse de l’excavatrice en vue de s’en débarrasser.

5BackhoeDumptruckLes tissus abandonnés du rorqual bleu sont transportés par camion-benne à Truro, en Nouvelle-Écosse, pour en faire du compost.

6StudentsVolunteersLes étudiants et les volontaires ont passé trois jours à pratiquer une nécropsie et à écharner le squelette du rorqual bleu

On a trouvé un gros caillot de sang dans les vertèbres thoraciques ainsi que deux apophyses vertébrales fracturées. Les vétérinaires n’y ont pas trouvé de lien direct avec la mort du rorqual, mais cette blessure et de nombreuses autres observations et mesures ont été ajoutées au rapport de nécropsie. On a suggéré que le rorqual pouvait avoir été piégé sous la glace et s’être noyé. Néanmoins, il faudra peut-être des mois avant de pouvoir se prononcer sur la cause de la mort et, vu l’état de décomposition avancée, on n’aura peut-être jamais de réponse définitive.

Le matin du deuxième jour, les volontaires se sont aperçus en arrivant que la marée avait déplacé le rorqual durant la nuit et qu’il reposait maintenant parallèlement au rivage, son dos faisant face à l’eau. La houle, frappant constamment le corps, avait cassé quelques os et en avait emporté au loin. On a fouillé la plage à la recherche des pièces manquantes du squelette, surtout parce que le Dr Harvey-Clark prévoit assembler le squelette. Quand la marée du matin s’est mise à descendre, on a séparé la queue du corps et on l’a déplacée plus haut sur la plage à l’aide de l’excavatrice. La moitié de l’équipe s’est alors concentrée sur le corps du rorqual et l’autre moitié, sur la queue. Mary Sollows, rejointe par son mari, Ken Sollows (à quoi pensait-il en se portant volontaire pour cette aventure!), a passé un temps considérable à découper les plateaux de fanons qui se trouvent dans la bouche de toutes les baleines sans dent. Les fanons sont faits de kératine (le même matériau dont sont faits les cheveux et les ongles humains), les 270 à 395 fanons de la mâchoire supérieure du rorqual bleu agissant comme une sorte de filtre, séparant la nourriture de l’eau. Les échantillons de fanons qui se trouvent actuellement au Musée du Nouveau-Brunswick et qui proviennent d’échouements antérieurs de baleine, ont contribué à divers projets de recherche et peuvent être utilisés pour étudier le vieillissement, la quantité de polluants, l’écologie alimentaire, les déplacements et plus encore. C’est pourquoi la récupération des fanons de ce rorqual était considérée comme une priorité.

7Carcass2ndDayAu deuxième matin de la nécropsie, on s’est aperçu que la marée avait déplacé la carcasse du rorqual bleu.

8MaryKenBaleenMary et Ken Sollows rassemblant des fanons de rorqual bleu en vue de leur transport au Musée du Nouveau-Brunswick.

Pendant la majorité du deuxième jour, Madelaine a aidé à enlever le tissu fibreux et dur qui entoure les os de la colonne vertébrale se prolongeant dans la queue. La partie étroite de la queue, que l’on appelle le pédoncule, fournit l’énergie nécessaire au déplacement du rorqual. C’est la partie la plus forte de l’animal. Étonnamment, les deux pointes de la queue ne contiennent pas d’os en dehors des quelques petites vertèbres caudales. Et dans les nageoires antérieures, on retrouve la plupart des os présents dans une main humaine, témoignage de l’ascendance terrestre des baleines. Les baleines ont même une ceinture pelvienne vestigiale, bien que leurs pattes arrière aient disparu depuis longtemps. Une fois la queue dépecée, Madelaine s’est employée avec d’autres personnes à séparer les divers éléments de la colonne vertébrale.

91Maddie BaleenMadelaine Empey en train de nettoyer un fanon du rorqual bleu.

Au troisième jour, Andrew Reid et les Drs Daoust et Harvey-Clark ont supervisé l’achèvement de la nécropsie et le transport par camion des restes au Collège d’agriculture de Truro pour nettoyage et mise en compost des résidus. Pendant ce temps, Mary et Madelaine ont rassemblé leurs précieux échantillons de petit lard, de muscle, de fanons et un os afin de les transporter au MNB. Bien que les différentes espèces de baleines soient bien représentées au MNB, c’est le premier matériel de rorqual bleu ajouté à la collection.

De retour au Centre des collections et de la recherche du Musée du Nouveau-Brunswick, Madelaine et Mary ont consacré une journée à préparer les échantillons réunis pour la collection de recherche. La partie de fanon recueillie, faite de 10 plateaux reliés par du tissu gingival, a été débarrassée manuellement du sable, des cailloux, du varech et le tissu gingival a été découpé avant le séchage. Un savon à vaisselle doux a été appliqué à l’aide de brosses à dents et de brosses à récurer sur les brins des fanons, qui ressemblent à des cheveux, pour les dégraisser. Pendant qu’ils sèchent à l’air libre, on cherchera la présence de moisissure et d’insectes sur les fanons et, une fois secs, ils subiront un cycle de gel-dégel-regel pour garantir la mort de tous les insectes nuisibles avant de les ajouter à la collection de recherche.

92IMGP0483Madelaine Empey expose les différents échantillons de fanons, d’os, de tissus et de petit lard du rorqual bleu, récupérés après trois journées d’efforts.

Le seul os gardé par le MNB était assez propre lorsqu’on l’a recueilli. On n’a eu qu’à le brosser pour le nettoyer et à le laisser sécher. Le petit lard recueilli restera congelé et fera partie de la collection de tissus congelés du MNB mise à la disposition des chercheurs sur demande (on a rarement l’occasion d’aller en mer prélever du tissu de baleine en voie de disparition chaque fois qu’on en a besoin!). Le tissu musculaire est conservé dans une solution d’alcool éthylique à 95 % et stocké à -80o C, du matériel supplémentaire séché étant stocké dans un dessiccant.

93MaryTissueSamplesMary Sollows, tenant des Cryovials de tissus congelés de rorqual bleu, pose devant la collection de tissus congelés du Musée du Nouveau-Brunswick. Ce congélateur spécial peut contenir jusqu’à 30 000 échantillons à -80o C.

Déjà référencé dans un catalogue du Musée du Nouveau-Brunswick (NBM 018058), l’ensemble des données associées à la nécropsie du rorqual bleu sera ajouté à la base de données numérique des mammifères du Musée du Nouveau-Brunswick. Ces spécimens importants seront à la disposition des chercheurs du monde entier sous forme de prêt, comme le sont déjà les centaines de milliers d’autres spécimens d’histoire naturelle du MNB, chacun d’entre eux jouant son rôle dans la conservation des formes de vie avec lesquelles nous partageons la planète.

Madelaine A. Empey, Mary C. Sollows et Donald F. McAlpine
Section de zoologie, Département des Sciences naturelles, Musée du Nouveau-Brunswick

Fred Ross

Fred Ross est né à Saint John, au Nouveau-Brunswick, le 12 mai 1927. Sa contribution à la communauté artistique du Nouveau-Brunswick s’étale sur plus de soixante-cinq années et en fait un des peintres les plus reconnus et influents de la province. Une partie de sa formation en art s’est faite au milieu des années1940 sous la supervision de Violet Amy Gillett (1898-1996) et de Ted Campbell (1904-1985) à l’École de formation technique et professionnelle de Saint John. Après deux grands projets de murales, Ross peut se rendre au Mexique pour observer le travail d’autres muralistes. Devant l’impossibilité d’obtenir des commandes importantes pour des œuvres à grande échelle, il se tourne vers les maîtres de la Renaissance à la recherche d’inspiration; en 1953, il fait un voyage en Italie pour les étudier. À son retour, il enseigne au département des arts de l’École de formation professionnelle de Saint John jusqu’en 1970, année où il prend sa retraite pour se consacrer à temps plein à la peinture. Tout au long de sa carrière, sa méthode de travail de Ross a consisté à faire un examen poussé du continuum des progrès artistiques qui lui servait de source pour son propre travail. À cette fin, il s’était monté une bibliothèque de recherche étoffée permettant l’étude comparative des œuvres de référence et l’a toujours entretenu. Fred Ross est décédé à Saint John le 19 août 2014.

A67-140 - Fred Ross - Boy with White Helmet
Boy with White Helmet (Jeune homme avec casque blanc), 1965
tempéra et encre sur Masonite
106 x 75 cm
Don de Reeves & Sons Limited, 1967 (A67.140)

Un élément important des œuvres figuratives de Ross dans les années 1960 et 1970 explore la relation entre l’artiste, le sujet et le spectateur. Son travail montre une affinité avec l’œuvre de Balthus [Balthasar Klossowski] (1908-2001), un peintre français d’ascendance polonaise qui a travaillé surtout en Suisse et qui a été un des artistes figuratifs les plus marquants du vingtième siècle. Dans Boy with White Helmet (Garçon portant un casque blanc), une peinture de 1965, un motocycliste beau et confiant en veste de cuir évoque toute la fougue que dégage la génération d’après-guerre à l’atteinte de l’âge de la majorité.

1995-21(3) - Fred Ross - Still Life with Pointe Shoes
Still Life with Pointe Shoes(Nature morte avec chaussons de danse), 1989
acrylique, tempera à la caséine et pastel sur carton
102 x 71 cm
Don de Vivian Campbell, 1995 (1995.21)

Dans les années 1980, Ross a concentré ses efforts sur la nature morte, recourant à des objets pour symboliser le sens figuré. Baignée d’une lumière douce et claire, la peinture de Fred Ross Still Life with Pointe Shoes (Nature morte avec chaussons de danse) est remplie d’allusions. Un langage complexe se superpose à la représentation évidente des objets de cette image. En effet, ces objets peuvent être interprétés comme des emblèmes de la masculinité et la féminité ou, même, se rapporter à certaines personnes en particulier. La fascination de l’artiste pour le motif exotique du tapis contraste avec le volume tridimensionnel et la froideur de la carafe et la souplesse des pointes. À l’aide d’un minimum de couleur, de ton et de forme, Ross réussit une œuvre magistrale pleine de charme, de mystère et d’intemporalité.

Exploration de BiotaNB 2016 – Espèces communes

Pendant qu’Aaron Fairweather cherchait une espèce de fourmi encore inconnue, deux autres membres de l’expédition de la journée au mont Sagamook, Stephen Clayden, Ph. D, et le stagiaire d’été Victor Szymanski, constituaient une collection de toutes les espèces de plantes prélevées dans une zone précise près du sommet.

Contrairement à leur collègue qui prélevait des fourmis, Stephen et Victor donnaient plutôt dans les végétaux, prélevant des espèces communes ou bien connues tels que des arbrisseaux, petits arbres et même des bleuets. C’est ce que Stephen appelle une « collection représentative des choses ».

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Victor Szymanski prélève un spécimen de bouleau.

Bien que les espèces soient relativement bien connues, c’est tout à fait approprié au mandat de BiotaNB de monter une collection qui documente la diversité de la flore et de la faune d’une région donnée. Dans ce secteur particulier du mont Sagamook, les espèces sont très variées. Stephen peut rapidement dire qu’il y a certainement de 25 à 30 espèces de lichens sur les roches juste devant lui.

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Stephen Clayden pointe de nombreux lichens (25 à 30) tout près de lui.

Il est aussi possible qu’on acquiert de nouvelles connaissances sur des espèces ou essences communes. Le nouveau savoir peut s’acquérir en comparant les populations d’un secteur à l’autre. Les techniques modernes de l’ADN peuvent aussi nous amener à comprendre de nouvelles choses. Ce n’est pas parce que des espèces sont communes qu’elles n’ont plus de secrets à révéler.

Une fois que les échantillons sont prélevés, ils sont déposés dans un presse-spécimens et ramenés au laboratoire pour le séchage et l’étude approfondie.

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Victor dépose un échantillon dans le presse-spécimens, pour le
rapporter au laboratoire où il sera séché en vue d’en poursuivre l’étude.

Œuvres récemment restaurés de la collection du Musée du Nouveau-Brunswick

Le soin d’une collection comporte un effort soutenu pour assurer sa conservation. Et le partage de la collection, en la faisant connaître au public par des expositions, est un autre volet de la mission d’un musée. Parfois, il n’est pas possible d’exposer un objet parce que son état ne rend pas justice à l’intention de l’artiste ou que l’exposer pourrait l’endommager davantage. Depuis trente années, le Musée du Nouveau-Brunswick mène un projet de restauration des beaux-arts conjointement avec le laboratoire de restauration provincial installé à la galerie d’art Owens, à Sackville, au Nouveau-Brunswick. Les œuvres mentionnées ci-dessous ont récemment reçu les soins d’Adam Karpowicz, restaurateur de beaux-arts du Nouveau-Brunswick maintenant à la retraite.

Les musées plus anciens possèdent des artéfacts qui ont besoin d’être traités. Il arrive que des objets importants qui méritent d’être préservés soient acquis, même s’ils ne sont pas en très bon état. Souvent, les matériaux utilisés par les artistes, le vernis ou le glacis, peuvent se détériorer ou changer avec le temps. Parfois, la méthode d’encadrement utilisée peut compromettre la structure ou l’apparence d’une œuvre. Il peut aussi arriver qu’un article soit endommagé accidentellement. Mais, peu importe la raison, la conservation de l’œuvre à long terme est ce qui motive l’intervention.

Ces photos ont été prises avant et après le travail de restauration effectué par Adam Karpowicz. Son travail insuffle une nouvelle vie à ces peintures dans le respect de l’intention originale de l’artiste.

1b1a
Kenneth Keith Forbes (Canadien, 1892-1980)
Le très honorable Richard Bedford Bennett, premier ministre du Canada (1930-1935), 1938 huile sur toile
Legs du très honorable Richard Bedford, vicomte Bennett, 1948 (1948.5)

2b2a
Attribuée à Thomas Hanford Wentworth (Américain, 1781-1849)
Portrait d’un homme non identifié,
peut-être Charles Humphrey, v. 1835
huile sur toile
Collection du Musée du Nouveau-Brunswick (X16481)

3a3b
John Christopher Miles (Canadien, 1832 – 1911)
Woodland Fishing Scene with Boy (Jeune garçon à la pêche), v. 1880
huile sur toile
Don de Kenneth Allison Wilson, 1954 (1954.165)

4b

4a
John Thomas Stanton (Canadien, c. 1815 – 1866)
après Richard Wilson (Britannique, 1713 – 1782)
The Ruined Temple (Le temple en ruine), 1856
huile sur carton fort
Achat, 2004 (2004.13)

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5a
Artiste inconnu (École américaine)
Bark Mary Rideout of St. Andrews, N.B. (La barque Mary Rideout de St. Andrews, N.-B.), 1868
peinture sur verre inverse
Achat, 2010 (2010.36)

6b6a
Michael Anderson (Écossais ou Canadien, 1824 – 1853)
Aaron et Hur soutenaient les mains de Moïse pendant le combat contre les Amalécites à Rephidim, 1850
huile sur toile
Achat, 1958 (A58.30)

7b

7a
John Christian Schetky (Écossais, 1778-1874)
La bataille entre le Chesapeake et le Shannon, v. 1815
huile sur toile
Collection John Clarence Webster Canadiana (W1609)

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Albert Gallatin Hoit (Américain, 1809 – 1856)
Mary Ann (Maria) Street Berton Beckwith, 1837
huile sur toile
Don de la succession de sir John Douglas Hazen, 1959 (1959.57)

9b9a
Albert Gallatin Hoit (Américain, 1809 – 1856)
John Adolphus Beckwith, 1837
huile sur toile
Don de la succession de sir John Douglas Hazen, 1959 (1959.56)

10b
10a
Marion Elizabeth Jack (Canadienne, 1866 – 1954)
Apple Trees at Burton, New Brunswick (Pommiers à Burton au Nouveau-Brunswick), 1922-1930
huile sur carton entoilé
Don de Catherine Coombes, 2008 (2008.27.1)

 

Série d’ateliers du Musée du Nouveau-Brunswick teintures naturelles avec Denise Richard

Dimanche 29 mai, de 13 h à 17 h : le Musée du Nouveau-Brunswick vous invite à participer à un atelier d’une journée sur les teintures naturelles, animé par l’artiste néo-brunswickoise Denise Richard.

Cet atelier permettra aux participants d’explorer diverses teintures provenant notamment des plantes, des racines, du bois et des insectes. Vous y apprendrez également à noter vos méthodes, à monter une palette d’échantillons et à suivre des techniques Shibori simples pour créer un foulard en soie unique en se servant de teintures naturelles. Peter Larocque, conservateur du MNB, présentera brièvement quelques beaux exemplaires de la collection des œuvres fabriquées à partir de techniques de teintures naturelles.

Le MNB a voulu en savoir plus à propos de Denise et de son art. La suite vous en apprendra davantage sur sa carrière et ce que les participants peuvent attendre de l’atelier!

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Denise Richard est titulaire d’un diplôme en art, artisanat et design de la Kootenay School of the Arts du Collège Selkirk, en Colombie-Britannique. Artisane-designer multidisciplinaire, son travail en studio focalise sur le feutre teint naturellement et présenté en formes sculpturales et fonctionnelles. Ses œuvres ont fait partie d’expositions collectives ou individuelles au Canada et en Europe. Denise enseigne depuis 2005; elle enseigne actuellement aux studios des arts visuels et des arts textiles du New Brunswick College of Craft and Design (NBCCD).

MNB : Parlez-moi un peu de ce que vous faites. Des matériaux que vous utilisez et où vous puisez votre inspiration?
DR : Mon art créatif a évolué au fil des années, mais je m’intéresse particulièrement aux techniques. J’apprends continuellement des techniques qui imprègnent mes nouvelles œuvres. Par exemple, j’ai appris à feutrer et j’ai exploré ce médium autant que possible pour divers produits. Je peux faire un peu de tout… tapis en laine bouillie, meubles, vêtements, marionnettes inspirées de Jim Hanson, masques en feutre pour la scène… je ne me limite pas, même que je défie la désuétude. Je veux concevoir des articles fonctionnels, fabriqués de matériaux naturels de qualité qui dureront longtemps. Je teins mes fibres et textiles moi-même et je crée mes propres matériaux pour divers projets. Je travaille surtout avec la laine, la soie, le crin de cheval, le lin et le cuir.

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Fille de Mer, Denise Richard

MNB : Si vous n’étiez pas artiste et enseignante, que feriez-vous?
DR : Si je n’étais pas designer et enseignante, je serais marionnettiste.

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Headpieces, Denise Richard

MNB : D’après ce que je comprends, le théâtre vous intéresse et vous avez créé des costumes pour plusieurs productions. De quelle manière le théâtre influence-t-il votre travail de création et vice-versa?
DR : Ce qui m’attire vers le théâtre, c’est la collaboration avec le directeur artistique pour créer un monde inédit capable de convaincre les spectateurs qu’ils sont comme une mouche sur un mur qui observe l’histoire de quelqu’un d’autre. J’aime voir mon travail prendre vie sur scène et la manière dont le public réagit à l’œuvre.

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Mouse King, Denise Richard

MNB : Est-ce que vous avez des talents cachés que peu de gens connaissent?
DR : Mon talent caché? Je suis plutôt intrépide quand il s’agit de mon travail; je n’ai pas peur de prendre des risques.

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Mask, Denise Richard

MNB : Y a-t-il des artistes ou artisans, vivants ou morts, qui vous inspirent?
DR : J’admire beaucoup de grands designers et artistes, mais les deux qui m’influencent en ce moment sont Philippe Starck et Alexander McQueen. Alexander McQueen était avant tout un artisan extraordinaire. Je n’ai jamais vu quelqu’un manipuler le tissu à sa façon. Quant à Starck, c’est un designer audacieux qui utilise divers médiums en même temps, il innove énormément à partir des matériaux.

Lampe de Philipe Starck et robe d’Alexander McQueen.

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Photo : www.phillipstarck.com; http://www.metmuseum.org/alexandermcqueen

MNB : Qu’est-ce que les participants peuvent espérer apprendre le 29 mai?
DR : À l’atelier sur les teintures naturelles, les apprenants vont pouvoir explorer divers genres de teintures à partir de plantes, de racines, de bois et d’insectes. À la fin de la journée, ils auront appris à remplir des fiches techniques sur leurs méthodes, ils auront toute une gamme d’échantillons et ils auront appris des techniques Shibori simples pour teindre naturellement un foulard en soie.

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Le MNB vous invite à l’atelier de Denise le dimanche 29 mai de 13 h à 17 h!

Frais d’inscription : 99 $ pour les abonnés du MNB; 110 $ pour non-abonnés.

Inscription obligatoire pour réserver une place.

L’inscription se fait au 643-2349 ou au 1-888-268-9595.

Des mystères à éclaircir au MNB : Assiette en verre du XVIIIe siècle provenant des Loyalistes de l’Empire-Uni

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Fabricant inconnu (école bohémienne) [peut-être l’atelier Harrach Factory, de Neuwelt, en République tchèque]
Assiette, bol ou plateau, avant 1789
verre incolore soufflé, taillé et grave
hors tout : 3 × 23,5 × 23,5 cm
Don d’Angela Huntjens et du Dr Johannes Huntjens, 2015 (2015.49)
Collection du Musée du Nouveau-Brunswick

Au Nouveau-Brunswick, il est extrêmement rare de trouver encore des objets en verre du XVIIIe siècle. C’est encore plus extraordinaire qu’une pièce de service de table, autre qu’un récipient pour boisson, ait survécu et qu’on en connaisse la provenance. L’assiette de la famille du colonel Richard Hewlett, donnée au Musée du Nouveau-Brunswick en décembre 2015 par Angela Huntjens et le Dr Johannes Huntjens, est un ajout important à la collection d’articles de verrerie du MNB de l’époque loyaliste utilisés dans la province.

Cette pièce (assiette, bol ou plateau) est très probablement d’origine bohémienne. Un commentaire à son sujet, fourni par Ian Simmonds, de Carlisle, en Pennsylvanie, un spécialiste de l’histoire et de l’interprétation des premiers objets en verre de l’Amérique, suggère qu’elle pourrait avoir été fabriquée à l’atelier Harrach à Neuwelt, en République tchèque. D’après l’analyse de M. Simmonds, un livre d’échantillons de l’atelier montre des modèles de forme et de style similaires.

Le propriétaire d’origine, le colonel Richard Hewlett, a participé à la guerre de l’Indépendance américaine sous le drapeau loyaliste. Après le conflit, il s’est installé avec sa famille dans la paroisse de Hampstead (aujourd’hui Queenstown). Cet objet est resté dans la famille jusque vers 1906, année où deux descendants Hewlett l’ont offert en cadeau de mariage à un recteur anglican et à sa femme.

Le MNB possède actuellement une demi-douzaine de verres à boire de la fin du XVIIIe siècle et un boîtier à carafe contenant des verres et des bouteilles. Ces pièces semblent provenir des Loyalistes de l’Empire-Uni. Ce plateau représente bien les objets de luxe qu’appréciaient à cette époque les immigrants arrivés dans la province après la Révolution américaine.

Cet objet pourrait également permettre d’approfondir les recherches sur les courants commerciaux entre l’Europe centrale et l’Amérique du Nord au XVIIIe siècle. C’est aussi un excellent exemple comparatif pour comprendre l’éventail de procédés et de techniques de décoration du verre.

Provenance : Le colonel Richard Hewlett (1729-1789) et sa femme, Mary Townsend (1734-1819); à leur fils, Joseph Hewlett (1772-1821) et sa femme, Clarissa Winslow (1770-1861); à leur fils, le capitaine Thomas Townsend Hewlett (1793-1878) et sa femme, Ann Horsfield Sloan (1795-1870); à leurs filles, Mary E. Hewlett (1827-1916) et Eliza Winslow Hewlett (1834-1912) jusqu’à environ 1906; cadeau de mariage au révérend Canon Mansel Shewen (1876-1951) et à sa femme, Edith Olivia Bishop; donné à Ada Ruth Flemming Thompson (née en 1906); puis à sa fille, Angela Thompson Huntjens et son mari, le Dr Johannes Huntjens.