Le Musée du Nouveau-Brunswick participe à la nécropsie d’un rorqual bleu

Le rorqual bleu, Balaenoptera musculus, est le plus grand mammifère sur Terre, mesurant jusqu’à 34 mètres et pouvant peser jusqu’à 150 tonnes. Il reste de 600 à 1500 rorquals bleus dans l’Atlantique Nord. La pollution, le changement climatique, le manque de nourriture et les heurts avec les bateaux sont les principales menaces pour cette espèce en voie de disparition.

Un de ces rorquals bleus a été trouvé mort le 2 mai, flottant au large des côtes de Liverpool en Nouvelle-Écosse. Il semble qu’il s’agisse du même rorqual qui avait été vu mort, en mars, au large des côtes de Terre-Neuve. Bien que les baleines mortes soient une source importante d’informations biologiques, lorsqu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition, déterminer la cause du décès devient souvent une priorité. Ce cas ne fait pas exception à la règle. Afin de faciliter la nécropsie (autopsie d’un animal mort) et de prélever des échantillons qui serviront plus tard à des recherches, la jeune baleine femelle de 18 mètres a été remorquée jusqu’à une plage qui facilitait l’accès à l’animal pour les chercheurs.

La nécropsie, dirigée par Andrew Reid de la Marine Animal Rescue Society (MARS) et deux docteurs vétérinaires, Pierre-Yves Daoust du Collège vétérinaire de l’Atlantique (AVC) et Chris Harvey-Clark de l’Université Dalhousie, a regroupé divers collaborateurs, dont des représentants du Musée du Nouveau-Brunswick (MNB). Le 11 mai, Mary Sollows, technicienne à la conservation en zoologie au MNB et Madelaine Empey, étudiante adjointe en zoologie, se sont rendues à Liverpool pour se joindre à l’équipe de nécropsie. Contre vents et marées, elles ont rejoint des étudiants vétérinaires de l’AVC, des étudiants en biologie marine de l’Université Dalhousie, des associés de la MARS et de l’Oceanographic Environmental Research Society (OERS) et des employés du ministère des Pêches et des Océans (MPO). Leur but était de déterminer la cause de la mort de la baleine et, pour Mary et Madelaine, de prélever des échantillons pour les ajouter à la collection de recherche sur les mammifères marins du MNB, une des plus considérables du Canada.

1Wimmer DaoustTonya Wimmer (2e de la gauche) de la Marine Animal Rescue Society discute de la nécropsie avec le Dr Pierre-Yves Daoust (3e de la gauche) du Collège vétérinaire de l’Atlantique.

2DaoustHarveyClarkReidLe Dr Pierre-Yves Daoust, Andrew Reid et le Dr Chris Harvey-Clark inspectent le rorqual bleu avant la nécropsie.

Mener à bien une nécropsie sur un animal pesant plusieurs tonnes exige la participation de beaucoup de personnes et le recours à de l’équipement lourd dont une excavatrice, des camions à benne basculante et des câbles industriels. C’est aussi un processus coûteux qui a été financé, dans le cas présent, par le ministère fédéral des Pêches et des Océans, de qui relève la responsabilité légale de la gestion des mammifères marins dans les eaux canadiennes. Le premier jour de la nécropsie, le rorqual était étendu sur son flanc droit, la tête vers l’eau et la queue vers le rivage. Généralement, les grosses baleines sont dépecées (c’est le terme utilisé pour la découpe d’une baleine) pratiquement de la même façon que l’on pèle une banane. Des entailles sont faites dans le sens de la longueur, de la tête à la queue, on creuse un trou dans le petit lard pour passer une sangle ou un câble qui est attaché à l’excavatrice et le petit lard est pelé par sections sous la tension du câble. Le travail, qui est salissant et nauséabond, exige deux qualités : une forte dose de curiosité dans le domaine de la zoologie et un faible odorat! Deux sortes de tâches attendaient ceux qui n’étaient pas directement impliqués dans la détermination de la cause de la mort : découper les muscles et tendons du squelette du rorqual et accrocher les tissus enlevés pour les placer dans la pelle rétrocaveuse de l’excavatrice pour s’en débarrasser. À intervalles réguliers, l’excavatrice déposait les tissus dans un camion à ordures pour qu’ils soient transportés jusqu’à une installation de compost de Truro, en Nouvelle-Écosse.

3Ventral viewVue inférieure du rorqual bleu, tête vers l’eau et queue devant l’excavatrice.

4BackhoeMuscleSinewMuscles et tendons du rorqual bleu déposés dans la pelle rétrocaveuse de l’excavatrice en vue de s’en débarrasser.

5BackhoeDumptruckLes tissus abandonnés du rorqual bleu sont transportés par camion-benne à Truro, en Nouvelle-Écosse, pour en faire du compost.

6StudentsVolunteersLes étudiants et les volontaires ont passé trois jours à pratiquer une nécropsie et à écharner le squelette du rorqual bleu

On a trouvé un gros caillot de sang dans les vertèbres thoraciques ainsi que deux apophyses vertébrales fracturées. Les vétérinaires n’y ont pas trouvé de lien direct avec la mort du rorqual, mais cette blessure et de nombreuses autres observations et mesures ont été ajoutées au rapport de nécropsie. On a suggéré que le rorqual pouvait avoir été piégé sous la glace et s’être noyé. Néanmoins, il faudra peut-être des mois avant de pouvoir se prononcer sur la cause de la mort et, vu l’état de décomposition avancée, on n’aura peut-être jamais de réponse définitive.

Le matin du deuxième jour, les volontaires se sont aperçus en arrivant que la marée avait déplacé le rorqual durant la nuit et qu’il reposait maintenant parallèlement au rivage, son dos faisant face à l’eau. La houle, frappant constamment le corps, avait cassé quelques os et en avait emporté au loin. On a fouillé la plage à la recherche des pièces manquantes du squelette, surtout parce que le Dr Harvey-Clark prévoit assembler le squelette. Quand la marée du matin s’est mise à descendre, on a séparé la queue du corps et on l’a déplacée plus haut sur la plage à l’aide de l’excavatrice. La moitié de l’équipe s’est alors concentrée sur le corps du rorqual et l’autre moitié, sur la queue. Mary Sollows, rejointe par son mari, Ken Sollows (à quoi pensait-il en se portant volontaire pour cette aventure!), a passé un temps considérable à découper les plateaux de fanons qui se trouvent dans la bouche de toutes les baleines sans dent. Les fanons sont faits de kératine (le même matériau dont sont faits les cheveux et les ongles humains), les 270 à 395 fanons de la mâchoire supérieure du rorqual bleu agissant comme une sorte de filtre, séparant la nourriture de l’eau. Les échantillons de fanons qui se trouvent actuellement au Musée du Nouveau-Brunswick et qui proviennent d’échouements antérieurs de baleine, ont contribué à divers projets de recherche et peuvent être utilisés pour étudier le vieillissement, la quantité de polluants, l’écologie alimentaire, les déplacements et plus encore. C’est pourquoi la récupération des fanons de ce rorqual était considérée comme une priorité.

7Carcass2ndDayAu deuxième matin de la nécropsie, on s’est aperçu que la marée avait déplacé la carcasse du rorqual bleu.

8MaryKenBaleenMary et Ken Sollows rassemblant des fanons de rorqual bleu en vue de leur transport au Musée du Nouveau-Brunswick.

Pendant la majorité du deuxième jour, Madelaine a aidé à enlever le tissu fibreux et dur qui entoure les os de la colonne vertébrale se prolongeant dans la queue. La partie étroite de la queue, que l’on appelle le pédoncule, fournit l’énergie nécessaire au déplacement du rorqual. C’est la partie la plus forte de l’animal. Étonnamment, les deux pointes de la queue ne contiennent pas d’os en dehors des quelques petites vertèbres caudales. Et dans les nageoires antérieures, on retrouve la plupart des os présents dans une main humaine, témoignage de l’ascendance terrestre des baleines. Les baleines ont même une ceinture pelvienne vestigiale, bien que leurs pattes arrière aient disparu depuis longtemps. Une fois la queue dépecée, Madelaine s’est employée avec d’autres personnes à séparer les divers éléments de la colonne vertébrale.

91Maddie BaleenMadelaine Empey en train de nettoyer un fanon du rorqual bleu.

Au troisième jour, Andrew Reid et les Drs Daoust et Harvey-Clark ont supervisé l’achèvement de la nécropsie et le transport par camion des restes au Collège d’agriculture de Truro pour nettoyage et mise en compost des résidus. Pendant ce temps, Mary et Madelaine ont rassemblé leurs précieux échantillons de petit lard, de muscle, de fanons et un os afin de les transporter au MNB. Bien que les différentes espèces de baleines soient bien représentées au MNB, c’est le premier matériel de rorqual bleu ajouté à la collection.

De retour au Centre des collections et de la recherche du Musée du Nouveau-Brunswick, Madelaine et Mary ont consacré une journée à préparer les échantillons réunis pour la collection de recherche. La partie de fanon recueillie, faite de 10 plateaux reliés par du tissu gingival, a été débarrassée manuellement du sable, des cailloux, du varech et le tissu gingival a été découpé avant le séchage. Un savon à vaisselle doux a été appliqué à l’aide de brosses à dents et de brosses à récurer sur les brins des fanons, qui ressemblent à des cheveux, pour les dégraisser. Pendant qu’ils sèchent à l’air libre, on cherchera la présence de moisissure et d’insectes sur les fanons et, une fois secs, ils subiront un cycle de gel-dégel-regel pour garantir la mort de tous les insectes nuisibles avant de les ajouter à la collection de recherche.

92IMGP0483Madelaine Empey expose les différents échantillons de fanons, d’os, de tissus et de petit lard du rorqual bleu, récupérés après trois journées d’efforts.

Le seul os gardé par le MNB était assez propre lorsqu’on l’a recueilli. On n’a eu qu’à le brosser pour le nettoyer et à le laisser sécher. Le petit lard recueilli restera congelé et fera partie de la collection de tissus congelés du MNB mise à la disposition des chercheurs sur demande (on a rarement l’occasion d’aller en mer prélever du tissu de baleine en voie de disparition chaque fois qu’on en a besoin!). Le tissu musculaire est conservé dans une solution d’alcool éthylique à 95 % et stocké à -80o C, du matériel supplémentaire séché étant stocké dans un dessiccant.

93MaryTissueSamplesMary Sollows, tenant des Cryovials de tissus congelés de rorqual bleu, pose devant la collection de tissus congelés du Musée du Nouveau-Brunswick. Ce congélateur spécial peut contenir jusqu’à 30 000 échantillons à -80o C.

Déjà référencé dans un catalogue du Musée du Nouveau-Brunswick (NBM 018058), l’ensemble des données associées à la nécropsie du rorqual bleu sera ajouté à la base de données numérique des mammifères du Musée du Nouveau-Brunswick. Ces spécimens importants seront à la disposition des chercheurs du monde entier sous forme de prêt, comme le sont déjà les centaines de milliers d’autres spécimens d’histoire naturelle du MNB, chacun d’entre eux jouant son rôle dans la conservation des formes de vie avec lesquelles nous partageons la planète.

Madelaine A. Empey, Mary C. Sollows et Donald F. McAlpine
Section de zoologie, Département des Sciences naturelles, Musée du Nouveau-Brunswick

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